jeudi 5 mai 2016

L'affaire Blondel & Porée (1877)

Le crime.

Le 18 décembre 1877, vers 11 heures du soir, Louis Degorce, cultivateur à la Groie de Payroux, revient du marché de Civray. Il est assis dans sa charrette, le visage tourné perpendiculairement à la direction qu'il suit sans porter attention à ce qui se passe sur la route, soit en avant, soit en arrière.
Sorti de la ville par un chemin qui rejoint, après un parcours d'un km environ, la route nationale qui doit suivre pour retourner chez lui, il a dépassé de 20 m ce point de jonction des deux voies lorsqu'il est brutalement assailli par deux individus, embusqués à l'avance derrière le buisson qui borde l'un des côtés du chemin, ou derrière des fagots placés dans le fossé sur le côté opposé de la route.
Il a à peine le temps de les apercevoir à la tête de son cheval, auquel ils donnent un coup de couteau dans le flanc, que déjà ils s'élancent l'un à la suite de l'autre sur sa charrette, se jettent sur lui comme des chiens enragés, et le frappent à la tête de nombreux coups de couteaux. Il se défend vigoureusement, à l'aide de son fouet, qui lui est pourtant enlevé et brisé dans la lutte. Tous trois, après s'être saisis, roulent ensemble au bas de la charrette, puis jusque dans le fossé de la route où les agresseurs parviennent à maîtriser leur victime et à étouffer ses cris. L'un d'eux continue alors à la frapper de son couteau, tandis que l'autre le maintient sous lui en disant à son compagnon : "Tue-le. Tue-le."
Degorce se défend encore et arrive à arracher le couteau des mains de son agresseur, au moment où il sent qu'on lui prend son porte-monnaie. Il entend aussitôt une voix, qui dit : "Viens, j'ai son argent.", et les deux malfaiteurs s'éloignent aussitôt.
Degorce est laissé à terre, une casquette posée à côté, perdue dans la lutte. Son visage, ses vêtements, sa charrette, le sol de la route et celui du fossé sont littéralement inondés de sang. Malgré les 12 coups de couteaux et plusieurs contusions à la tête faites avec le manche de son propre fouet, reçus durant l'attaque (10 à la tête et 2 à la main selon le docteur Autellet, qui l'examinera), Degorce parvient, avec l'aide de Brouillet, propriétaire au Tardy, qui lui aussi, revenait du marché, à se rendre à Civray et prévenir la gendarmerie. Des recherches sont immédiatement commencées.
Les deux malfaiteurs se présentent à la gare de Civray, vers 2 heures du matin. Ils sont supris par Pierre Dumoulin, contrôleur du chemin de fer, qui les interpelle :
« Que faites-vous ici à cette heure ?
— Nous sommes des voyageurs, lui répond-on, qui voulons prendre le premier train qui part pour Niort.
— Il n'y a de train pour Niort qu'à 5 heures du matin. Comment vous êtes-vous introduit dans la gare ?
— Par cette porte. »
L'un des deux lui montre une porte, que Dumoulin va vérifier. Ce dernier leur dit :
« Elle est fermée, vous n'êtes pas entré par cette porte. Dépêchez-vous de sortir !
— Nous sommes des conscrits un peu en ribote, mais nous ne sommes pas de malhonnêtes gens. »
Il s'approche du contrôleur, la main dans son patelot. Ce dernier dit : « Ne vous approchez pas et sortez ! » Finalement, il conduit les deux hommes à la sortie de la gare en leur disant : « Vous êtes dans une bien vilaine tenue pour prendre le train ! » Les deux individus prennent la direction de Sauzé.
Dumoulin est interpellé une heure plus tard par Gauthier, maréchal des logis à Civray, qui lui donne le signalement des deux hommes et lui demande s'ils sont venus à la gare. Effectivement, et le gendarme lui dit : « Ce sont deux assassins qui ont tenté d'assassiner un homme. Savez-vous la direction qu'ils ont prise ? » Tandis que le militaire et le contrôleur échange leur rôle, pour ne pas donner l'éveil aux coupables, Dumoulin se rend dans les auberges voisines pour prendre des renseignements.
Peu de temps après, Gauthier, accompagné d'un gendarme, galope en direction de Sauzé. 
Il fait à peine jour et les deux malfaiteurs arrivent à l'auberge de Pierre Desse, aux Brousses, sur la commune de Mairé-Lévescault. Ils réclament chacun un couteau à l'aubergiste. Celui-ci, poliment, leur demande : « Vous n'avez pas couché loin d'ici, messieurs ?
— Nous avons marché toute la nuit », lui répond-t'on.
Ils mangent copieusement et boivent un café, puis le pousse-café.
Ayant été informé que les individus recherchés étaient dans la région, le brigadier de la gendarmerie de Sauzé, Henri Surpas, commence des recherches et se rend à l'auberge du sieur Desse. Il trouve les deux hommes assis près du feu. Ils venaient de faire un copieux repas et discutaient avec l'aubergiste.
Surpas demande à l'un d'où provient le sang dont sont imbibés ses vêtements. D'un saignement de nez, lui répond-t'on. A l'autre, où était sa casquette ? Étant en ribote la veille, il l'a perdue. Aussitôt, l'agent les arrête et les fouille, trouvant dans leurs vêtements la somme de 168 francs. Ils ont chacun, en outre, une montre en argent et un couteau.
Le brigadier les emmène à la gendarmerie de Sauzé-Vaussais. C'est sur ce qu'arrive Gauthier, parti de Civray à cheval, souvenez-vous. Celui-ci récupère criminels pour les conduire à la prison de Civray.
L'Avenir de la Vienne
22 décembre 1877
Les deux malfrats se prénomment René-Auguste Blondel et Marin-Félix Porée.
Au moment de leur arrestation, leurs vêtements sont encore souillés de sang et portent sur eux les traces laissées dans la lutte par Degorce. Porée, qui est sans coiffure, avoue être celui qui a perdu la casquette. Le couteau de l'agression appartiendrait à Blondel.
On trouve sur eux 80 francs, somme qui correspond à ce qu'on a volé à Degorce.
Ils commencent par prétendre qu'il se se sont fait agressés et qu'ils se sont défendus. Finalement, ils reconnaissent être les auteurs de l'agression.
Degorce a survécu à ses blessures. Mais sa santé est des plus déplorables.

Les criminels.

Auguste-René Blondel, dit Laroche, 18 ans, est né le 25 août 1859 à la Pouëze (Maine-et-Loire), de Caroline Blondel, marchande ambulante. Taille moyenne, teint pâle, cheveux blonds et assez longs. Il appartient à une famille de bijoutiers ambulants, d'une aisance relative. Sa grand-mère, la veuve Blondel, est bijoutière au Blanc (petit-fils qu'elle a perdu de vue des années auparavant). Il a été élevé dans des lycées et collèges, et ses maîtres sont unanimes à dire qu'il est intelligent, mais de mauvaises mœurs (il a vécu, d'octobre 1868 à novembre 1870 chez la femme Gonnet, qui demeurait Grande Rue, à la Charité-sur-Loire — pendant qu'elle l'avait à sa garde, le garçon était très léger de caractère, taquin, dissipé, ne tenant aucun compte des conseils qu'on lui donnait, il était assez intelligent et avait de très mauvais principes). Cependant, s'il sait un peu lire, il ne sait écrire. Placé en dernier lieu à Orléans, il s'est évadé du collège pour commencer sa vie errante et vagabonde. Il ne tarde pas à être traduit devant le tribunal correctionnel : il est condamné par le tribunal de Bergerac, pour vol, le 16 février 1876, à 1 mois d'emprisonnement, et pour vagabondage et mendicité, le 21 octobre 1876, par la cour d'appel de Poitiers (2 mois d'emprisonnement). Enfin, il fut condamné pour vol à 4 mois d'emprisonnement, par le tribunal de Saint-Jean-d'Angély. Sa mère, dépassée, lui remet 50 francs, et il s'éloigne. Lors de l'instruction, ses parents seront vainement recherchés par le procureur de Civray, à Nontron, à Nantes et à Rennes. Plusieurs autres chef-lieu d'arrondissement seront questionnés sur sa famille et son origine (au Blanc, où l'on retrouve sa grand-mère maternelle, mais également à Argenton, à Bordeaux, à Libourne, à Périgueux, à Bourges, etc. — on voit à l'épaisseur des courriers du procureur la difficulté de l'époque pour retrouver les antécédents judiciaires d'un homme. Le partage et internet nous ont grandement facilité la vie de ce côté là !).
Il rencontre son complice au Cirque Méridional à Libourne, où ils sont employés comme garçons d'écurie et acrobates. Marin-Félix Porée, 20 ans, est né le 21 mars 1857 à la Guerche (Ille-et-Vilaine), fils de Marin et de Véronique Jeanne Marie Charpentier. Taille un peu moins élevée que son complice, teint assez foncé, chevelure noire. Tôt orphelin, on s'est intéressé à lui à cause de son intelligence. Cependant, d'esprit vagabond, il s'enfuit des maîtres qui l'avait sous leur autorité, n'ayant appris ni à lire, ni à écrire.
Comme son complice, il n'avait pas tardé à s'asseoir sur les bancs de la police correctionnelle. Il a été condamné plusieurs fois, d'abord, le 10 décembre 1873, à Château-Gontier (3 jours d'emprisonnement pour mendicité en réunion), puis le 25 septembre 1875 à Laval (un mois d'emprisonnement pour coups, blessure et vagabondage), et enfin le 6 mai 1876, en la même ville (3 trois d'emprisonnement pour vol).
Casier judiciaire de
Marin-Félix
Porée, AD86
Casier judiciaire
d'Auguste-René
Blondel, AD86
Il semble qu'ils soient mêlés à une série de vols dans la région civraisienne, en fin d'année 1877, pour lesquels, de prime abord, ils ne sont pas inquiétés, faute d'éléments de preuve. Il est clair qu'ils ne peuvent vivre que de mendicité. On se souvient d'eux, par exemple, à la Rochefoucauld, mais il se font plutôt remarquer, les 16 et 17 décembre, dans une auberge à Confolens (celle du sieur Perraud à Saint-Barthélémy, plus précisément), où, dans une même journée, ils dépensent au moins 24 francs. Ils disent venir de Chabanais, pour rejoindre leur cirque à Niort. En quittant l'auberge, le 17 vers 2 ou 3 heures de l'après-midi, ils disent à la femme Perraud de leur garde un lit pour les 12 janvier, jour de foire.
Dans cette même journée, ils arrivent à Pressac. Dans l'auberge qui les accueille, ils se prétendent frères, et y commettent des vols. L'aubergiste s'en aperçoit et s'en émeut, et les apercevant, interpelle Blondel, qui dit : "C'est mon frère Porée, il se sauve. Mais si vous voulez, je vais le rattraper !". Il court, rejoint son prétendu frère, et se sauve avec lui.
Ils franchissent le Clain, large de 4 m, et arrivent dans une ferme, dans la commune de Pleuville, où, sous prétexte d'allumer leur pipe, ils entrent sans gêne. La fermière, importunée par les importuns, va chercher son mari, le sieur Michelet. Les malfrats profitent de l'absence momentanée des maîtres de maison pour voler une montre en argent, et se sauvent.
Ils arrivent à Mauprévoir, aperçoivent deux pantalons étendus sur une haie (qui appartiennent aux sieurs Lauradour, père et fils), s'en emparent et vont se cacher dans les bois voisins.
Le 18 décembre, vers 6 heures du soir, ils quittent les bois, et atteignent à Savigné, au lieu-dit "le Trou du Chaffaud", à 5 km de Civray. Se dissimulant dans un ravin, près d'une route ils aperçoivent un homme à pied. Il s'agit de Jean Pasquet, vieillard de 63 ans, qui revient du marché de Civray (il a vendu du blé à Pierre Lagarde, minotier à Dalidant de Saint-Pierre-d'Exideuil, moyennant une avance de 100 francs)Ils lui sautent dessus. Blondel lui donne un coup de poing et le renverse, tandis que son complice maintient le malheureux au sol. Ils le délestent de 106 francs (un billet de 50 frcs, 5 pièces de 5 frcs et 31 francs en menue monnaie), laissent leur victime se relever, puis s'éloignent. Craignant qu'ils ne reviennent sur leurs pas pour finir une triste besogne, Pasquet prend à travers champs pour se rendre chez lui. Les deux malfaiteurs se partagent la menue monnaie.
Quelques instants après, sur cette même route, il aperçoivent une voiture qui arrivent dans leur direction. Le conducteur, ayant aperçu l'attitude agressive des deux hommes qui viennent vers lui, quitte sa limousine, puis ramasse 5 ou six gros cailloux sur un mètre de pierres qui se situent à côté de lui. Il place les pierres sur sa charrette, en garde deux autres dans les mains, et attends. Ce que voyant, les malfrats s'arrêtent, le toisent, puis renoncent à leur projet. Ils croisent la voiture sans mot dire.
Ils se rendent dans une auberge voisine, celle de Charles Rouffault, à Savigné, où ils prennent un café, demandent 1/2 litre d'eau-de-vie, une livre de sucre, et se font un punch. Les jambes toutes mouillées d'avoir eu à traverser le Clain, ils se sèchent auprès du feu (l'aubergiste s'interroge sur leurs vêtements, ils lui disent qu'un paysan leur à donner mauvaise indication, qu'ils se sont perdus dans des chemins de traverse et qu'ils ont franchi un ruisseau de 4 m de large). Ils changent le billet de 50 francs volé plus tôt, se partagent la somme et donnent au fils de l'aubergiste un franc pour le change, qui est allé chercher cette monnaie chez le forgeron. Avant de quitter l'établissement, ils annoncent à l'aubergiste qu'ils se rendent à Angoulême, pour déjouer d'éventuelles poursuites, puis prennent la route de Niort. Ils vont se placer en embuscade pour y attendre une nouvelle victime. Là, Blondel dit : "Il me faut d'autre argent", puis il tire son couteau en disant : "Ce soir, il faut que j'en tue un". Son complice répond seulement : "Comme tu voudras". Puis ils se cachent dans le fossé du chemin. Ils attendent. Le malheureux Degorce arrive...


Le Procès.

Le procès se déroule les 20 et 21 février 1878.
Degorce, d'après le docteur Maltête, de Charroux, qui le suit, a guéri de ses blessures vers la fin du mois de janvier. L'autre jour, cependant, après avoir chauffé au four à pains, il éprouve un net refroidissement, à la suite duquel se déclare une pneumonie droite, et, depuis le 31 janvier, il reste alité. On s'interroge, pour la suite du procès, car sa santé se dégrade. Toutefois, le médecin précise que cette maladie n'est pas consécutive de ses blessures et semble tout à fait accidentelle. En effet, si jamais Louis Degorce vient à mourir et qu'on estime que c'est consécutif à son agression, la guillotine n'est pas très loin pour les deux lascars (l'état de la victime va probablement s'aggraver davantage, car il meurt le 15 avril 1879, chez lui, à Payroux, à l'âge de 40 ans).

Les témoins du procès sont :
  • Louis Degorce, cultivateur à la Groie de Payroux, par lecture de sa déposition (étant alité).
  • Jean Brouillet, propriétaire au Tardy de Savigné.
  • docteur Autellet, docteur-médecin à Civray, appelé à examiner Degorce après l'attaque.
  • Gauthier, maréchal des logis à Civray.
  • Jean Mesmin, marchand de chaux à Charroux.
  • Jean Pasquet, 63 ans, cultivateur à Chez Ligor de la Chapelle-Bâton.
  • Pierre Lagarde, 52 ans, meunier à Dalidant de Saint-Pierre-d'Exideuil.
  • Charles Rouffault, aubergiste à Savigné.
  • Pierre Caillé, cultivateur à Rochemeaux, commune de Charroux.
  • Louis Louradour, 59 ans, propriétaire à Chez Rateau de Mauprévoir.
  • Pierre Dumoulin, contrôleur du chemin de fer à la gare de Civray, lors de l'attaque, qui sera muté à Rochefort lors du procès.
  • Henri Surpas, brigadier de gendarmerie à Sauzé-Vaussais.
  • Pierre Desse, aubergiste aux Brousse, à Mairé-Lévescault.
Les accusés reconnaissent les faits, mais se disputent entre eux sur l'initiative des crimes, laquelle ils s'attribuent l'un à l'autre.
Après le réquisitoire de maître Sergent, avocat général, et les plaidoiries de maître Wolf, pour Blondel, et de maître Valette pour Porée, le jury délibère puis rapporte un verdict affirmatif, avec admission de circonstances atténuantes.
Blondel est condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Porée à 20 ans de travaux forcés et 20 ans de surveillance.
Les condamnés ne manifestent aucune émotion en entendant le jugement. Ils remercient leurs avocats et quittent la salle d'audience le sourire aux lèvres.

La Nouvelle-Calédonie.

Blondel et Porée commencent leur peine le 26 février 1878 et sont transférés tous les deux en Nouvelle-Calédonie, où ils arrivent par la Loire le 25 octobre 1878. Leur dossier de bagne ne les présentent pas sous un bon jour : sans profession (il est ajouté acrobates), il sont dit vivre dans l'oisiveté, appartenant à la population rurale et aptes au travail. De plus, ils ne présente aucun moyen d'existence et ont un degré d'instruction nulle. Ils sont précisés catholiques. Lorsqu'ils arrivent au bagne, Porée est présenté comme ayant joué un rôle moins violent et ayant fait des aveux plus francs que son acolyte. Blondel, en revanche, est présenté comme particulièrement fort, agile et dangereux.
Porée s'évade deux fois :
  • une première fois, le 1er décembre 1885, de Houaïlou. Il est repris le 3 dudit mois à Bourail.
  • de ce dernier lieu, le 14 mars 1887, et repris à Nessadiou le lendemain.
On lui compte 3 jours d'absence, mais bénéficie d'une ordonnance de non-lieu le 27 mai 1887, pour insuffisance de preuve d'évasion.
Blondel, lui, refuse le travail après sommations. Il est condamné, par jugement du 2e tribunal maritime spécial de la Nouvelle-Calédonie, rendu le 14 avril 1891, à 20 mois de réclusion cellulaire. Sa peine est entamée le 16 suivant. Il s'évade de La Foa le 23 septembre 1895, pour être réintégré le même jour. Par jugement du 12 novembre suivant, il est acquitté de sa tentative d'évasion.
Porée, lui, est libéré le 28 février 1898, et commence sa période de surveillance de 20 ans.
Blondel avait encore fait parlé de lui. Peu après la libération de son ancien acolyte, il s'évade trois fois :
  • le 15 avril 1898, de Bourail, repris le 18 suivant à Moindou (3 jours d'absence),
  • puis de Poya le 7 mai 1901 pour être repris le 11 à Bourail (4 jours d'absence),
  • et enfin de Mont-Dore le 4 juin 1901, repris le 19 suivant à la Foa.
Le 1er octobre 1901, il est condamné pour évasion, vol qualifié et tentative de vol qualifié, à une peine de 4 ans de réclusion cellulaire aux frais envers l'État, sans recours, qui est exécutée dès le 3 suivant. Par décision du 8 juillet 1904, il obtient le bénéfice de la libération conditionnelle de sa peine de réclusion et est transféré à l'Île-Nou le lendemain. Par décision du 11 juillet 1916, sa peine est commuée en 20 ans. Il meurt le 19 mai 1918, dans le courant de la journée.
Son ancien acolyte, Porée, était mort le 11 août 1909, à 12h30 du matin, à l'Île-Nou.

Sources :
  • Archives départementales de la Vienne (2 U 1703).
  • Dossiers de bagne de Porée et de Blondel (FR ANOM COL H 737 et 1344), par le Fil d'Ariane.
  • L'Avenir de la Vienne, éditions des vendredi 22 et samedi 23 février 1878.

dimanche 17 avril 2016

L'affaire Julie Racoffier (1848)

Le 26 novembre 1848, Julie Racoffier, jeune fille de 19 ans, domestique chez les époux Pourrain à la Chauvellerie, va passer la soirée chez la femme Monthubert, qui vit au village du Magnou.
Plusieurs personnes se trouvent alors réunies chez cette femme, entre autres Jacques Mauduit, 50 ans, Jean Gayoux, 17 ans, et Pierre Bertrand, 20 ans. Après avoir passer une partie de la soirée à danser, la jeune fille se dispose à partir, quand Jacques Mauduit lui dit : "Julie, nous n'avons pas encore dansé ensemble". Et, la saisissant au même instant, il l’entraîne vers un coffre placé près d'un lit. La lumière s'étant éteinte, il la renverse sur ce lit, et appelle Pierre Bertrand et Jean Gayoux, en leur disant : Arrivez donc, les enfants !
Alors tous trois, après avoir mis ses vêtements en désordre et découvert sa gorge, passent leurs mains sous ses jupons et les portent à ses parties intimes. La jeune fille crie :  "Au secours !" et ajoute : "je ne sais ce qu'ils veulent faire de moi ! Veulent-ils me violer ?" La douleur semble lui faire perdre connaissance.
Louis Texereau, ayant entendu ses appels, rallume enfin la lumière et fait cesser ces outrages. La scène n'a duré qu'un quart d'heure environ.
Le lendemain, la jeune fille est pâle et défaite, ses maîtres lui en font l'observation en la blâmant d'être aller au bal, mais elle se borne à répondre : "Le joli bal ! Je n'irai plus". Cependant, peu de jours après, elle confie à plusieurs personnes ce qui s'est passé, confidences qui aux dires de l'un d'eux, se résumera en ces termes : "qu'on lui avait fait subir toutes les indignités qu'on peut faire à une fille, sauf de la violer". Elle ajoute qu'elle a été forcé de laver son linge, et que, pendant quelques temps, son bas-ventre resta douloureux et tout noir. De leur côté, les trois gaillards se vantent à tout vent des attouchements auxquels il se sont livrés.
Ainsi, Bertrand et Gayoux avaient déclaré à Louis Texereau, peu de temps après le crime, qu'ils avaient introduit leurs doigts dans les parties les plus secrètes du corps de la jeune fille. Huit jours plus tard, Bertrand disait devant deux autres témoins qu'ayant porté sa main sur le bas-ventre de la fille Racoffier, il y avait rencontré deux autres mains et n'était allé plus avant.
Enfin, le 5 décembre, Gayoux racontait les mêmes circonstances et ajoutait que leurs mains étaient tâchées de sang, l'obligeant à aller les laver dans une mare. A ce moment-là, Julie Racoffier passait près de lui, et Mauduit lui aurait dit : "tu n'es pas contente, je ne t'ai pas bien arrangé, mais je t'arrangerai mieux une autre fois". Gayoux aurait rajouté que la jeune fille "devait bien pisser le lendemain parce que lui, Mauduit et Bertrand lui aviez diablement ouvert le trou, et que le vieux Mauduit" était le pire des trois.
Informée de leur vantardise, Julie Racoffier manifeste l'intention de les dénoncer. Sa maîtresse, la femme Pourrain, lui conseille dès-lors de leur exiger de l'argent. Elle prévient le père de la jeune fille, qui porte sa plainte devant le maire Marchive. Ce dernier conseille aux accusés de ne pas laisser poursuivre l'affaire et de donner de l'argent pour l'arranger. 
Ils veulent lui offrir de l'argent, elle repousse leur offre. Cependant, l'influence qu'on exerce sur la jeune fille la pousse à ne pas avouer le crime devant le juge d'instruction. Elle cherche même à disculper deux de ses agresseurs. Dans un élan d'abnégation, Mauduit était même allé jusqu'à accuser Jean Texereau, jardinier au Magnou, du méfait, à leur place. Jean Texereau, bien sûr, condamné 16 ans plus tôt, aux assises de la Vienne, pour avoir attenté à la vie du sieur Gayet (voir l'Affaire Jean Texereau) se fait un plaisir de charger les trois hommes, allant jusqu'à rencontrer Julie Racoffier pour qu'elle amplifie le mal qu'ils lui avaient causé. Ceci ne joue guère la cause de la jeune fille, et on commence à croire qu'elle a imaginé le crime.
Pourtant, encouragé par l'un de ses oncles, elle se résout enfin à révéler toute la vérité et accepte la visite d'un médecin. Toutefois, deux mois se sont écoulés depuis l'agression, et le médecin ne peut que constater l'absence de traces des sévices que la jeune fille a reçu. Les accusés nient tous les faits durant leur interrogatoires, Mauduit, allant jusqu'à dire "que la colère de Dieu m'atteigne tout à l'heure si j'ai touché à la fille Racoffier, autrement que pour plaisanter".
Toutefois, les criminels s'étaient vantés de leur mauvaise action dès le soir du crime. Mauduit avait même dit au maire, qui essayait de lui arranger l'affaire : "Est-ce qu'on m'enverra aux galères pour avoir touché le sein d'une fille ?" Les doutes sont trop grands et ils sont mis en prévention le 9 février 1849, puis mis en examen le 16 dudit mois, suivant le réquisitoire du procureur général à la cour de Poitiers, et incarcérés dans la prison de Civray.
Le procès se tient le lundi 4 et mardi 5 juin 1849 et y sont convoqués les témoins suivants :
  1. la victime Julie Racoffier, âgée de 19 ans, servante chez le sieur Pourrain, demeurant à la Chauvellerie de Savigné, en parlant à sieur Pourrain, aux charges de droit.
  2. Louis Texereau, meunier, âgé de 27 ans, demeurant à Périgné, dite commune de Savigné.
  3. Madeleine Gilot, âgée de 14 ans, servante demeurant au même lieu, était, avec sa maîtresse Madeleine Texereau, chez la femme Monthubert, 8 jours après le crime, lorsque cette dernière s'était vu répondre par Bertrand, également présent, qu'il n'avait pas fait de mal, qu'il "n'avait que porté la main à les parties". La jeune fille subit des pressions juste avant le procès.
  4. Madeleine Texereau, âgée de 20 ans, sans profession, demeurant audit lieu, était présente chez la femme Monthubert, 8 jours après le drame, et confirme le témoignage de sa servante.
  5. Jeanne Texereau, femme Monthubert, âgée de 25 ans, demeurant au Magnou, commune de Savigné. Elle était présente à la soirée. Elle entendit Julie Racoffier appeler à l'aide, alors qu'elle venait chercher son jeune fils dans un lit, sans dire cependant qu'on lui faisait du mal. Un peu plus tard, elle entendit Julie Racoffier appeler de nouveau à son secours, en désignant Louis Texereau, son frère.
  6. François-Ferdinand Marchive, âgé de 57 ans, maire de Savigné, demeurant au Chaffaud de la dite commune.
  7. François-Félix Coudert-Prévignaud, âgé de 40 ans, propriétaire au Ménard, dite commune.
  8. François Pourrain, âgé de 44 ans, demeurant à la Chauvellerie de Savigné.
  9. Pierre Racoffier, âgé de 49 ans, maréchal à Savigné.
  10. François Racoffier, âgé de 38 ans, sabotier demeurant au même lieu.
  11. Jacques Debenest, âgé de 38 ans, demeurant à Champagné-Lureau. Oncle de Julie Racoffier, il fut sacristain.
  12. Marie Boisjon, âgée de 16 ans, demeurant à Genouillé, en parlant à la femme Mauduit, sa maîtresse, aux charges de droit.
  13. Jean Texereau, âgé de 58 ans, journalier demeurant au Magnou de Savigné, qui connaît bien les assises, y ayant été condamné 16 ans plus tôt (voir l'Affaire Jean Texereau). Il fut accusé à tort du crime par Mauduit lui-même, comme nous le raconte François Brunet, cultivateur à la Garde, témoin non convoqué au tribunal.
  14. Louis Pourrain, âgé de 12 ans, demeurant à la Chauvellerie.
  15. Marie Rousseau, femme Pourrain, âgée de 45 ans, cultivatrice audit lieu. Elle rencontre, le 4 février, Jean Gayet, garde-particulier de Jacques Mauduit (victime du sieur Texereau 16 ans plus tôt), et évoque l'affaire avec lui, lui disant "croyez-vous, mon pauvre Gayet, que je n'aurais pas mieux fait de renvoyer depuis longtemps ma servante ?". Jean Texereau, "le gueux" [sic], était venu la tourmenter pour lui faire dire que sa servante lui avait rapporté que les inculpés lui auraient introduit le "bras dans la matrice" et qu'elle aurait répandu tant de sang que ses vêtements et son lit aurait été tout tâchés. Marie Rousseau nie avoir vu de sang ce soir-là. Elle ajoute, devant Gayet, et là, on s'éloigne totalement de l'affaire, qu'elle soupçonne Texereau de ne pas être étranger à l'incendie de sa grange, deux jours auparavant.
  16. Jeanne Saulnier, veuve Texereau, âgée de 50 ans, sans profession, demeurant à Périgné. Elle a entendu dire dans le voisinage que les trois accusés se vantaient du crime, dès le soir même. 15 jours après, elle rencontra Julie Racoffier, avec la femme Chiron, qui lui avoua que "les inculpés lui avaient fait toutes les indignités qu'on peut faire à une fille, sauf de la violer, qu'elle avait été pendant quelques jours n'ayant ni appétit ni sommeil".
  17. Antoinette Chiron, femme de Jean Chiron, journalier, âgée de 58 ans, demeurant à la Verdière de Savigné. Elle était en chemin avec Jeanne Saulnier, veuve Texereau, lorsqu'elle rencontra Julie Racoffier, qui leur raconta l'agression.
  18. Jeanne Texereau, femme Texereau, âgée de 51 ans, jardinière au Magnou, en parlant à sa belle-soeur aux charges de droit. Rencontrant, Julie Racoffier quelques jours après le crime, à la Fontaine de Périgné, la jeune fille lui dit à demi-mots que si elle "racontait à la justice et disait la vérité sur ce qui s'était passé chez la femme Monthubert, ils la battraient".
  19. Jeanne Texereau, âgée de 59 ans, sans profession, demeurant au Magnou.
  20. Marie Debenest, veuve Cordier, âgée de 38 ans, journalière, demeurant audit lieu, en parlant à son père aux charges de droit. Elle rencontre Julie Racoffier après la plainte déposée auprès du maire, qui lui avoue que les trois hommes ne lui avaient fait aucun mal, qu'ils ne l'avaient que draguet et plaisanter chez la femme Monthubert.
  21. et Jean Latreille, âgé de 27 ans, maçon demeurant au Breuil-Margot de Savigné, en parlant à sa femme, aux charges de droit. Ami de l'accusé Bertrand, il l'engage à faire un arrangement avec Julie Racoffier. Ne se sentant pas coupable, Bertrand accepte et ils se rendent, en compagnie de M. Coudert-Prévignaud, auprès de Julie Racoffier. Celle-ci regrette la tournure des évènements, n'ayant été incité que par Jean Texereau, le jardinier, et sa femme, et consent à l'arrangement, moyennant 20 francs demandés à Bertrand. Jean Latreille persuade la jeune fille d'engagea ce même accord avec Gayout et Mauduit. Toutefois, pour ce dernier, Julie demande une plus fort somme. Des trois qui lui avaient fait des attouchements, "Bertrand était le moins coupable et Mauduit était un vieux salaud".
Les questions soumises au jury dont :
  • Jacques Mauduit, accusé, est-il coupable d'avoir, le 26 novembre 188, dans la commune de Savigné, commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violence, sur la personne de Julie Racoffier ? La réponse est non.
  • Pierre Bertrand, accusé, est-il coupable d'avoir, le 26 novembre 188, dans la commune de Savigné, commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violence, sur la personne de Julie Racoffier ? La réponse est non.
  • Jean Gayoux, accusé, est-il coupable d'avoir, le 26 novembre 188, dans la commune de Savigné, commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violence, sur la personne de Julie Racoffier ? La réponse est non.
Journal de la Vienne, 11 juin 1849
Ainsi, les rumeurs, les revirement de Julie Racoffier, sans nulle doute soumise à la pression et aux menaces, qui disculpe puis accuse, les témoins partie prenante à charges ou à décharges, servant des intérêts autres, autant d'éléments qui font douter le jury.
Les trois hommes sont ainsi acquittés sur le champ.

Julie Racoffier, née le 2 janvier 1829 à Savigné, était la fille de Pierre, maréchal, et de Julie Debenest. Elle donna naissance à Pierre, le 3 novembre 1852, et mourut célibataire le 15 avril 1860, à la Groie, à l'âge de 31 ans.
Jacques Mauduit, né le 17 nivôse de l'an V à Saint-Pierre-d'Exideuil, était le fils de Jacques et d'Anne Bouchet. Il avait épousé, le 5 février 1818, à Savigné, Magdeleine Thenaud, et mourut chez lui, au Magnou, le 28 juin 1861, à l'âge de 62 ans.
Jean Gadioux (alias Gayoux), fils de René, cultivateur, et de Marguerite Nautré, naquit le 4 octobre 1831 aux Coudrais de Civray. Cultivateur, il épousa, le 10 juillet 1856, à Civray, Marie-Simone Galois, servante à Civray, fille de Louis et de Marie Bouroumeau.
Pierre Bertrand, né le 4 avril 1828 à Savigné, était le fils de Pierre et de Marie Morichaud.

Sources : Archives départementales de la Vienne (2U1590).

jeudi 20 août 2015

L'affaire Jean Texereau (1832)

Dans la soirée du 1er novembre 1832, Jean Gayet, cultivateur à la Chauvellerie, se trouve au cabaret du sieur Latreille, dans le village du Magnou. On y trouve aussi Jean Texereau, les frères Massias, et quelques autres.
Il s'y est rendu pour régler un différend avec Texereau, histoire que ce dernier règle aimablement une indemnité en raison du dommage que son bétail lui a causé. Essayant un refus, il annonce son intention de le faire citer en justice.
Vers 9 heures, Texereau sort avec les frères Massias, qu'il quitte aussitôt. Peu après, Gayet prend congé des cabaretiers Latreille.
À peine quelques instants plus tard, on voit rentrer Gayet dans un état à faire pitié : ses habits sont couverts de boue et le visage est ensanglanté ; et quoiqu'il parle avec difficulté, il reaconte que, dans le chemin du Magnou à la Chauvellerie, un homme, surgi de derrière un chêne et qu'il a reconnu comme étant Texereau, s'est précipité sur lui, l'a frappé au visage avec une lourde masse (que Gayet a cru être une pierre), l'a renversé à terre, l'a pris à la gorge et lui a donné plusieurs coups de pied. Laissé au sol, son agresseur s'est enfui en passant par les jardins entre le chemin et la maison de Texereau.
On prévient monsieur le Maire qui se rend chez les Latreille. Un médecin, qu'on a aussi appelé, constate que Gayet a la lèvre supérieure et la joue gauche tuméfiées, que la lèvre inférieure est coupée de haut en bas, jus'au menton, que la mâchoire est fracturée, qu'il dent est pratiquement arrachée de son alvéole et que beaucoup d'autres son entièrement cassées. Le médecin découvre aussi que la poitrine de Gayet est couverte de fortes érosions et ecchymoses, et indique que si les blessures de Gayet, qu'il croit fait avec un corps très dur (une pierre ou un instrument en fer par exemple) ne sont pas mortelles, elles le forceront à être en incapacité de travail pendant 40 à 50 jours.
Pendant que le médecin l'examine, Gayet répète à l'envi que Texereau est l'auteur du crime. Des témoins vont au lieu du crime et y découvrent beaucoup de sang au pied d'un chêne et près d'une place où il est facile de reconnaître qu'un homme s'y est fait agressé. On remarque également, sur la jetée du fossé près du chêne, l'empreinte de deux sabots, qui paraissent y avoir glissé.~
Le lendemain, le juge d'instruction et le procureur du roi de Civray se rendent sur les lieux. Texereau et sa femme sont interrogés (séparément), et n'arrivent ni l'un ni l'autre à s'accorder sur l'heure à laquelle le dit sieur est rentré la veille au soir.
On constate, dans un jardin récemment ensemencé, et dans lequel Gayet dit avoir vu s'enfuir son agresseur, des pas se dirigeant vers le chêne désigné par la victime. Les sabots de Texereau sont appliqués sur ces empreintes, qui s'accordent parfaitement.
Enfin, Texereau est conduit devant Gayet, et ce dernier, en le voyant, est saisi d'une vive émotion. Faisant l'effort d’articuler quelques paroles, il s'écrie en le montrant du doigt : « le voici ! »
On établit un mandat de dépôt contre ledit Texereau, et une instruction est ouverte.
Il en résulte que Texereau ne vit pas en bonne intelligence. Une première fois, il a été obligé de lui donner une légère indemnité pour des épines qu'il lui a enlevées, et depuis ce temps, il s'est montré animé de mauvaises dispositions à son égard. Plus tard, il a tué le chien de Gayet et s'est vu forcé de payer 21 francs pour éviter des poursuites. Dans un  autre temps, il prétend que Gayet a tenu contre lui des propos diffamatoires et lui a intenté un procès, qu'il a perdu et il fut obligé d'en payer les frais. Autant de raisons pour Texereau d'en vouloir à Gayet contre lequel il ne dissimule pas ses mauvaises intentions.
Depuis quelques temps, il y a un dernier motif de brouille entre les deux hommes : Gayet a pris dans son pré le mulet de Texereau, qui n'a pas voulu payer l'indemnité arbitrée par le garde-champêtre. C'est à propos de cette histoire que Gayet s'est rendu dans le cabaret des Latreille ce 1er novembre. Ce jour-là, d'ailleurs, on remarque que Texereau regarde Gayet d'un air menaçant. En apartheid, Texereau engage au nommé François Guineau, qui s'y trouve également, à chercher querelle à Gayet, lui promettant, s'il n'est pas le plus fort, de lui donner un coup de main.
Toutes ces circonstances paraît fournir la preuve de la culpabilité de Texereau. Durant tous ses interrogatoires, il se contente de nier. Il prétend que les empreintes dans son jardins sont ceux des enfants Garreau ; il indique qu'il ne s'est pas rendu dans son jardin, ni le 1er, ni le 2 novembre.
Texereau a, dans le pays, la plus mauvaise réputation. Il y est signalé comme un homme très dangereux.
Tiens, avant de s'installer, il a vécu à Charroux, où il était connu sous les mêmes rapports : plusieurs personnes parlent de lui comme d'un homme violent et querelleur, se plaisant à faire du tort à ses voisins. Une fois, il a engagé, sous prétexte de l'inviter à manger des crêpes, la servante du sieur Proux à voler du sucre chez son maître, voisin de Texereau, et, cette pauvre fille n'ayant pas osé, il l'a envoyé en acheter sous le nom de son maître, chez un marchand à Civray. Proux, une fois le forfait découvert, se rendit chez Texereau pour une explication, ce qui alla jusqu'aux injures entre les deux hommes. Peu après, Proux perdit deux chèvres de la volaille. Alors que l'artiste vétérinaire déterminait que les bêtes avaient été empoisonnées, Proux se rendit chez Texereau, car de la Martinière, maître de ce dernier, lui avait confié de l'arsenic pour le mettre dans ses greniers, parce qu'il était son fermier. Il nia cependant toute forfaiture de son part.
Une autre fois, il menaça son beau-père de le frapper d'une bouteille qu'il tenait à la main, et le frappa un instant après d'une chaise qu'on a pu lui arracher.
Quelques semaines avant son arrestation, on a entendu son père crier à l'assassin. Texereau le tenait à la gorge et voulait le forcer à lui donner 400 francs. Quand cette scène fut fini, le père eut père et s'en alla chez l'un de ses parents. Pendant son absence, le fils lui avait pris 400 francs.

Arrêté, Texereau est maintenu dans la prison de Civray, jusqu'au 23 janvier 1833, date à laquelle il est transféré à Poitiers.
Alors détenu en la maison de justice de Poitiers, Jean Texereau est prévenu par Claude Vallée, huissier royal, de la liste des témoins convoqués le procureur général le 2 mars 1833, qui sont :

  1. le sieur Vernial, médecin à Civray.
  2. le sieur Joseph Albert, 46 ans, maire à Savigné. Il est prévenu le 2 novembre du crime par le cabaretier Latreille.
  3. Pierre Latreille, 58 ans, aubergiste au Magnou de Savigné. C'est l'hôte de Texereau, Gayet, les frères Massias et autres.
  4. Marie Garnier, 55 ans, femme du précédent.
  5. Jean Latreille, 17 ans, fils des précédents.
  6. René Massias, 29 ans, propriétaire à Savigné. Il est présent au cabaret des Latreille le 1er novembre.
  7. Auguste Massias, 24 ans, tailleur d'habits à Blanzay, frère du précédent.
  8. Louis Texereau, meunier Périgné de Savigné. Beau-frère et cousin de l'accusé. Il est présent au cabaret le 1er novembre.
  9. Louis Rousseau, 21 ans, domestique du meunier Texereau, présent au cabaret.
  10. François Guineau, cultivateur au Tardy de Savigné, présent au cabaret.
  11. François Blanchard, 45 ans, garde-champêtre à Savigné. Le 1er, après la messe, Gayet lui demande de visiter et d'estimer les dégâts commis dans son pré par le mulet de Texereau.
  12. Jeanne Vincent, 32 ans, marchande colporteuse à Montazay de Savigné. Le premier du mois, dit-elle, je me rendai de la Boutaudière à Montazay, j'entendis quelqu'un pousser un cri que je pus distinguer, mais qui me sembla partir du coté du Magnou ou de Périgné. Je fus effrayée que j'allais retourner à la Boutaudière, quand j'entendis quelqu'un chanter, ce qui me rassura.
  13. Marie-Anne Bourdon, 52 ans, femme de Joseph Lapauze, maréchal à Savigné. Le père de Texereau vient chez eux se plaindre du vol de 400 francs commis par son fils.
  14. Jean Creuzeau, 37 ans, maréchal à Savigné, gendre de la précédente. Il est présent lorsque Texereau père vient se plaindre.
  15. Jean Germain, 20 ans, cultivateur au Colombier de Savigné. Il est présent au cabaret des Latreille le 1er novembre.
  16. Jeanne Ancelin, 32 ans, femme Jean Gayet, à Savigné, épouse de la victime.
  17. Louis Lemoine, 44 ans, gendarme à Civray, est l'un des gendarmes à conduire Texereau à la maison d'arrêt de Civray, le 2 novembre 1832. Durant le trajet de son domicile à la prison, Texereau ne pipe mot, bien qu'il eut été averti des raisons de son arrestation.
  18. Jean Trapon, 45 ans, gendarme à Civray, accompagne le sieur Lemoine et Texereau. C'est lui qui trouve les sabots de Texereau, et qui les compare aux pas laissés près de la scène du crime. Lorsqu'il apprend la nouvelle de l'arrestation de Texereau aux habitants de Charroux, ces derniers manifestent une grande joie, particulièrement les sieur Malapert, maire, et Malapert, commandant de la garde national, qui dirent qu'il était un un très mauvais sujet.
  19. Jean Moricheau, 59 ans, propriétaire au Breuil-Margot de Savigné. Le 29 octobre 1832, il parle avec Texereau de son mulet qui parageait dans le champ de Gayet.
  20. Louis Garreau, 13 ans, sans profession, de la Garde de Savigné. Le 21 octobre 1832, il conduit sa jument dans la prairie de Périgné et rencontre près du puits du Magnou le sieur Texereau, qui lui demande s'il sait où se trouve le pré de Gayet situé sur les coteaux. L'enfant étant affrimatif, Texereau s'exclame : « Ah le gueux ! il a pris mon mulet dans ce pré mais il s'en rappellera ! »
  21. Jeanne Garreau, 20 ans, propriétaire domiciliée au Breuil-Margot de Savigné, n'a aucune connaissance du crime commis par Texereau. Elle est entendue car elle se trouvait, les 1er et 2 novembre précédents, dans l'ouche de sa mère, sise au Magnou, pour y ramasser des pommes tombées sous les arbres et pour y porter un fagot d'épines. Elle avait ces jours-ci ses sabots, qui furent comparer aux empreintes laissées près de Gayet : les sabots de la fille Garreau avaient environ 6 lignes de plus en longueur.
  22. Pierre Garreau, 17 ans, propriétaire au Breuil-Margot de Savigné, frère de la précédente, s'est rendu dans l'ouche de sa mère au Magnou le lendemain de l'agression, pour semer du coupage. Il n'y a remarqué que les pas de sa soeur, venue dès le matin. Pendant qu'il travaillait, Texereau se rendait chez lui et, passant près de lui, lui demanda ce qu'il faisait. Texereau lui dit qu'il avait planter des oignons pour la graine, il se lava les mains dans la charrière et ne parla pas de l'accident de Gayet, que Garreau venait d'apprendre quelques instants plus tôt par Latreille. Le jeune homme avait ce jour-là ses sabots, qui furent examinés par les autorités. Ils étaient plus longs d'un pouce que ceux de Texereau.
  23. Jean Gayet, cultivateur à Savigné, victime.
  24. Gustave Olivier Malapert, 35 ans, maire de Charroux, indique que la clameur populaire sédigne Texereau comme un homme dangereux.
  25. Victor Malapert, 46 ans, chef de bataillon de la garde national au chef-lieu de  Charroux. Il connaît Texereau depuis longtemps, avec qui il a une altercation à propos de leurs fils respectifs.
  26. Jean-Victor Proux, 33 ans, aubergiste et cafetier à Charroux, n'a pas connaissance du crime, mais déclare qu'il a toujours connu Texereau, lorsqu'il était son voisin, comme un homme méchant et vindicatif. Il s'agit du maître de la domestique qui acheta à son compte du sucre et qui perdit sa volaille et deux chèvres, empoisonnées à l'arsenic.
Spontanément, Pierre Piedebout, domestique au Chaffaud, vient se présenter devant le procureur du roi à Civray, et déclare qu'un jour, quatre ans auparavant, Texereau lui a dit : « je joindrai Gayet dans un temps ou dans un autre, tôt ou tard, je lui donnerai son compte. » Il n'est pas convoqué à l'audience.
Le procès a lieu le 6 mars 1833.

Les questions sommaires soumises au jury, et ses réponses, sont :

  • 1ère série :
    • Jean Texereau accusé est-il coupable d'avoir, pendant la nuit du 1er au 2 novembre dernier, tenté de donner volontairement la mort au nommé Jean Gayet, laquelle tentative manifestée par un commencement d'exécution, n'a été suspendue ou n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur ? non.
    • L'accusé a-t-il commis la dite tentative avec préméditation ? non.
    • L'a-t-il commise de guet-à-pent ? non.
  • 2ème série :
    • Jean Texereau accusé est-il coupable d'avoir, pendant la nuit du 1er au deux novembre dernier volontairement porté des coups et fait des blessures au nommé Jean Gayet, lesquels coups et blessures lui ont occasionné une maladie ou une incapacité au travail personnel pendant plus de vingt-et un jours ? oui à la majorité de plus de sept voix.
    • L'accusé a-t-il commis le crime mentionné dans la question précédente avec préméditation ? oui à la majorité de plus de sept voix.
    • L'a-t-il commis de guet-à-pent ? oui à la majorité de plus de sept voix.
A l'issue du procès, il est condamné à 10 ans d'emprisonnement.
Il se pourvoit en cassation, pourvoi rejeté par le chambre criminelle de la cour de cassation au palais de justice de Paris, le 4 avril 1833.

A l'époque, nous dit Wikipédia, l'article 22 du code pénal prévoyait qu'en peine accessoire d'une condamnation aux travaux forcés ou à la réclusion, le condamné soit exposé au regard du peuple pendant une heure sur une plaque publique, un écriteau informant les passants sur son nom et le crime commis : le carcan. Il s'agissait de renforcer l'exemplarité de la peine principale, mais son intérêt de ce point de vue fut l'objet de doutes, particulièrement, dans les grandes villes, cas le plus fréquent, où l'événement, devenu banal, ne retenait plus l'attention et où par ailleurs le condamné était relativement inconnu et plus indifférent à sa réputation. Appelé également pilori ou échelle patibulaire (il existe encore la toute petite rue de l'échelle du Palais, derrière le palais de justice de Poitiers), il fut définitivement aboli le 28 avril 1832, mais laissé, par la suite, à l'appréciation des juges de la cour d'assises. La peine fut définitivement supprimée par un décret du 12 avril 1848 (Wikipedia). Jean Texereau, condamné, fut donc exposé une heure, le 27 avril 1833, sur la Place du Marché, où se font ordinairement ce genre de choses. Il est amusant de constater que le greffier qui établit le procès-verbal, Micheau, se rend au domicile du sieur Prieur Petit, marchand vivant sur cette place, pour constater la bonne exécution de la peine.

Pendant son incarcération, sa femme va accoucher de son troisième enfant, Louis, le 5 juillet 1833, présenté devant le maire de Savigné par son grand-père Jean Texereau et son oncle Louis Texereau, meunier de Périgné. Le père n'est qu'à peine mentionné. Il est libéré bien avant le 23 août 1842, date à laquelle il présente son quatrième enfant, Pierre, devant le même maire.
S'il habite plusieurs années après sa libération à Savigné, la cohabitation avec ses riverains ne doit être facile : en 1851 et en 1856, il apparaît bien comme propriétaire cultivateur vivant au Magnou, avec sa femme, ses enfants et sa soeur Jeanne Texereau. En 1861, il n'y habite plus, il est installé comme propriétaire à Villemain (Deux-Sèvres) depuis au moins depuis le 1er juin 1860, date à laquelle sa soeur Jeanne Texereau décède audit lieu. Son fils Louis y décède le 7 janvier 1861.
Texereau a du mal à tenir en place. Le 11 novembre 1867, date à laquelle se marie son fils Pierre, il vit comme jardinier au lieu-dit de la Grange à Saint-Jean-d'Angély (Charente-Maritime). C'est là que son épousa meurt, le 24 avril 1872. J'ignore ce qu'il advient par la suite, jusqu'à son décès, survenu le 8 février 1874 à l'hôpital général de Poitiers.


Jean
Texereau
(°1793, Savigné-
+1874, Poitiers),
marié à
Marie Texereau



Jean
Texereau
(°1827, Charroux-
+1886, la Rochelle),
marié à
Augustine Babou
Jeanne
Texereau
(°1830, Charroux)
Louis
Texereau
(°1833, Savigné-
+1861, Villemain)
Pierre
Texereau
(°1842, Savigné),
marié à
Marie-Pauline Beaumont, puis à Amélie Tamara






Céline Marie Tessereau
(°1863, Saint-Florent),
mariée à Amédée Petit
Augustine Marie
Tessereau
(°1870, Saint-Florent-
+1870, Saint-Florent)
Marie-Pauline
Texeraud
(°1868, Saint-Jean-d'Angély-
+1869, Saint-Jean-d'Angély)
Marie-Louise
Texeraud
(°1870, Saint-Jean-d'Angély-
+1870, Saint-Jean-d'Angély)
Pierre
Texeraud
(°1871, Saint-Jean-d'Angély), marié à Marie-Clothilde Guesdon
Louis Augustin
Texeraud
(°1872, Saint-Jean-d'Angély), marié à Athanase Toussaint Bernet
Céline Louise
Texeraud
(°1874, Saint-Jean-d'Angély), mariée à Octave Daviaud
Victor
Texeraud
(°1880, Saint-Jean-d'Angély), marié à
Jeanne Thaïs Marie Berthelot

Sources : Archives départementales de la Vienne (2U1513).

jeudi 14 mai 2015

Les instituteurs

Norbert Antoine Montagne, fils d'Antoine, cultivateur, et de Françoise Robin, naquit le 19 novembre 1820 au village du Montet de Saint-Gaudent, et y était instituteur communal, lorsqu'il épousa, le 27 septembre 1843, audit lieu, Françoise Brousseau, fille de feu Jacques et de Marie Tribot. Il fut par la suite instituteur communal à Savigné dès janvier 1847, à la naissance de son fils Lucien Norbert. Il était encore en poste en 1872, puis était en retraite en 1876. Pendant son mandat, il y eut également :
  • Pierre Émile Serin, né vers 1835, instituteur adjoint en 1856.
  • Julie Fombelle, née le 27 mai 1839 à Savigné, fille de Pierre, aubergiste au chef-lieu de la commune, et de Marie Barbot, y était institutrice en 1861. Elle l'était encore lorsqu'elle y épousa, le 8 juillet 1863, Jean Morisset, également instituteur public à Saint-Georges-de-Noisné (Deux-Sèvres), où le couple s'installa. Elle n'exerçait plus l'année suivante.
Pierre Émile Montagne, fils du précédent, né le 19 mars 1849 à Savigné, y était instituteur adjoint lorsqu'il y épousa, le 28 septembre 1870, Christine Amélia Bernardeau, fille de Jean et de Marie Bertrand. Il était instituteur à Savigné à partir de 1872 jusqu'en 1891 au moins. Il fut secondé par :
  • Victor Hyacinthe Couturier, né vers 1876, instituteur adjoint en 1886.
  • sa fille, Marie Angélique Constance Amalia Montagne, née le 20 juillet 1871 à Savigné, qui y était institutrice adjointe avec son père en 1891, et qui l'était encore lorsqu'elle y épousa, le 5 septembre 1894, Eugène Marchadier, instituteur adjoint à Bonneuil-Matours, fils de feu François et de Justine Bouchet.
  • Désirée Duffaud, institutrice adjointe, née vers 1874.
Éléonor Pierre Ferdonnet, instituteur adjoint à Sommières-du-Clain lorsqu'il s'y maria en 1885, fut instituteur à Champagné-Lureau dès 1886, puis instituteur public à Savigné en 1896. Fils de Pierre Éléonor, instituteur public à Bouin puis à la Bataille (Deux-Sèvres), et de Geneviève Petit, il était né en ce dernier lieu le 27 janvier 1864. La profession d'instituteur était une histoire de famille, ses deux frères eurent également la même vocation : Éléonor Gabriel Jules en fut à Bouin puis à Gournay, et Joseph Eugène à Lorigné puis à Crezières. Il futy secondé par :

  • Jean-Eugène Luguet, instituteur adjoint en 1897.
  • Alice André, institutrice adjointe, née vers 1886 à Chaunay,  en 1906.
  • Gaston Ferjoux, instituteur adjoint, né vers 1887 à Jaunay-Clan, en 1906.
  • Marie Repain, institutrice, épouse d'Alphonse Guillaud, propriétaire exploitant à l'Érable, née vers 1868 à Villiers-le-Roux, en 1906.
  • Daniel Mouchet, instituteur, né vers 1891 à Thuré, en 1911.
  • Angèle Piedfroid, institutrice, née vers 1888 à Brettes, en 1911.

À Champagné-Lureau, l'école est occupée en 1906 et en 1911 par Alexandre Thibault, né vers 1864 à Saint-Saviol.

mercredi 13 mai 2015

Les curés

Archipresbyteri de Savigniaco et de Cientiaco

Brouillet disait, en 1865, d'après les Mémoires de dom Fonteneau, qu' « autrefois, les archiprêtrés de Savigné et de Gençay, qui dans l'origine étaient probablement séparés, furent réunis en la personne du curé de Savigné. Dans la suite, les évêques de Poitiers ont supprimé l'archiprêtré de Savigné, pour ne laisser que ce titre à celui de Gençay, toujours subsistant et attaché au curé de Savigné, de façon que l'on dit aujourd'hui le curé de Savigné, archiprêtre de Gençay. Par cet arrangement, le curé de Gençay n'au aucun titre d'archiprêtre. Savigné est un bourg très inférieur à celui de Gençay. C'est sans doute la raison pour laquelle on a supprimé l'archiprêtre de Savigné »[1]. 



Sous l'ancien régime :
vers 1668-1702Guy Lardin, archiprêtre de Gençay et curé de Savigné.
Le 16 août 1694, il transigeait avec Pierre Rivault, sieur de Mériget et Françoise Imbert, sa femme, devant Doridan, notaire à Charroux.
De 1702 jusqu'à sa mort, il signe quelques actes dans les registres paroissiaux sous le terme de "prêtre indigne" (c'est-à-dire qu'il n'a plus la charge de la cure, cf l'article de Ouebagogo).
Il fut inhumé le 7 janvier 1706 et Borde dit de son prédécesseur « qu'on peut à bon droit appeler le restaurateur de cette église, qu'il a conduite pendant près de trente six à huit ans avec une sagesse et un zèle digne d'un excellent pasteur ». Furent présents à la cérémonie Me de la Faye, écuyer, seigneur de la Groie, ainsi que les sieurs Rifauld, curé de Civray, et Dupont, curé de Saint-Clémentin.
  • 1700-1701 : G. Dubois, prêtre vicaire ;
1703-1744François Borde, archiprêtre de Gençay et curé de Savigné. Il était, le 18 décembre 1733, copropriétaires avec les Augustins de Mortemart, du fief de Malpierres et de la Roderie, à Charroux (Beauchet-Filleau, tome 2, p. 627). Né vers 1677, il fut inhumé le 19 janvier 1744 dans sa paroisse.
  • 1737-1743 : Pierre Borde, vicaire (voir ci-dessous) ;
  • 1743 : J. Huteau, vicaire ;
  • 1744 : Gilbert, vicaire ;
1744-1772
Archives en ligne, Savigné,
BMS - 1744-1753, v.2/115
Pierre Borde, archiprêtre de Gençay et curé de Savigné prit possession de la cure le 18 janvier 1744, sur les 11 heures du matin, comme l'indique sa note sur les registres de la paroisse.
Il était le fils de Jacques Philippe et de Perrine Imbert et fut baptisé le 11 février 1713 à Savigné. Il mourut le 22 juillet 1772 et fut inhumé le lendemain au cimetière de sa paroisse, en présence de Louis Borde, sieur du Cron, son frère, de Nicolas Corderoy, sieur du Madit, et de Pierre Maréchal, ses beaux-frères, de Louis et Pierre Albert, ses neveux, ainsi que Maignen, curé de Civray, Lambert, curé de Genouillé, de Saint-Hilaire, curé de Saint-Gaudent, et de nombreux autres parents et amis.
  • 1750-1751 : Malapert, vicaire.
  • 1752-1755 : Ogier, vicaire.
  • 1756 : J. Rempnoulx, vicaire.
  • 1757 : Demagré, vicaire.
  • 1758-1761 : Touzalin, vicaire.
  • 1762 : Robert, vicaire.
  • 1763-1765 : P.H. Demauge, vicaire.
  • 1766 : Loyzeau, vicaire.
  • 1767-1768 : P.H. Demauge.
  • 1769 :P. Miel.
  • 1772 : Touzalin, curé de Voulême (remplaçant).
  • 1772 : Père Blanchereau, prieur de Montazais, faisant pour monsieur le curé (remplaçant).
  • 1772 : F. Constance, capucin, prêtre (remplaçant).
  • 1772 : F. Martin, prêtre capucin, faisant pour monsieur l'archiprêtre (remplaçant).
1772-1783Jacques André Touzalin, archiprêtre de Gençay et curé de Savigné et de Voulême (signe "ancien curé" à partir de janvier 1783). Il était curé de Voulême lorsqu'il remplaça son prédécesseur, puis fut reçu dans son office à partir du 23 juillet 1772.
Fils de René et de Marguerite Lhuillier, il fut baptisé le 1er décembre 1729 à Saint-Savin de Poitiers. Sa mère décéda le 3 mai 1772 à la cure de Voulême et fut inhumée le lendemain, en présence de messieurs Martin, prieur de Saint-Savin, de Saint-Hilaire, curé de Saint-Gaudent, Gaschet, prieur curé de Saint-Macoux, Maignen, curé de Champniers, Touzalin, curé de Voulême desservant Savigné, Touzalin desservant la cure de Voulême. Son père, maître menuisier, mourut le 20 mars 1780 à la cure de Savigné, à l'âge de 80 ans et 8 mois, et fut inhumé le lendemain dans le cimetière de la paroisse par Girault, le curé de Charroux.
Jacques André Touzalin mourut le 4 mai 1783 et fut inhumé dans le presbytère de l'église de Savigné le lendemain en présence de son frère Jean-Baptiste Touzalin, curé de Savigné, de Pierre Touzalin, son neveu et de Picaud, curé de Genouillé.
  • 1780-1782 : Bastard, vicaire.
  • 1782-1783 : Torçay, vicaire.
1783-1792
Jean-Baptiste Touzalin, frère du précédent, était auparavant desservant de Voulême.
  • 1787-1791 : Giraud, vicaire.
  • 1791-1792 : Guyot, vicaire.



Après la révolution :
avant 1851-1868Antoine Augustin Deydier.
  • 1851 : Pierre Simonet, sacristain.
1868-1878Louis Babin, fils de François et de Françoise Babin, naquit le 25 octobre 1831 à Beaumont (Vienne) et décéda le 13 février 1878 à Savigné.
1878-1890Louis Adolphe Tendron, fils de Pierre et de Louise Girard, naquit le 31 décembre 1829 à Civray. Il décéda le 30 mai 1890 à Savigné.
1890-1896Henri Joseph Brouard, né vers 1850 à Tours, fils d'Armand, né vers 1824, et de Véronique Goguet, née vers 1824. Il mourut le 23 mai 1896 à Savigné.
1896-1901Léon Vitet, né vers 1841, est le fils de Julien et de Marie Robergeau. Au mariage de son frère, en 1872, il est professeur ecclésiastique à Saint-Sauvant (Vienne). Il est curé de Liglet depuis au moins 1911 (recensement) lorsqu'il y meurt en 1929, à l'âge de 79 ans (La Croix, édition du 8 octobre 1929).
1901-?
L'abbé Grelet
(source Revue de

Mycologie et
G. Fourré, 1985,

et site ici)
Louis Joseph Grelet naquit le 8 octobre 1870 à Vallans (Deux-Sèvres). Fils de Louis, cultivateur et propriétaire, et d'Henriette Baronnet, institutrice, mariés le 9 octobre 1865, le futur prêtre a fréquenté le collège Saint-Hilaire de Niort et à Poitiers. Il se consacra également à l'enseignement des mathématiques. Abbé au collège de Rom (Deux-Sèvres) en 1893 et curé des Fosses (Deux-Sèvres) cette même année, puis, l'année suivante, curé à Nueil-sous-les-Aubiers, il était un homme qui s'intéressait tout particulièrement à la botanique. Il pensait, en 1905 que "les terres de Savigné (Vienne), toutes cultivées, doivent être assez pauvres au point de vue botanique. Il n'en serait peut-être pas de même des environ d'Availles-Limousine, dont il a souvent entendu parler" (bulletin de la Société Botanique des Deux-Sèvres, 1905). Il établit des herbiers de la région, qu'il abandonna presque aussitôt pour se consacrer aux champignons et publia, en août 1900, le Manuel du mycologue amateur ou les champignons comestibles du Haut-Poitou (librairie H. Boulord, à Niort). Il devint, au début du XXe siècle, l'une des seules références françaises en mycologie. Vicaire de l'église Saint-Jean-Baptiste de Châtellerault à partir de 1895, il fut par la suite curé de Savigné, dès 1901, et il mourut le 25 janvier 1945 (source Wikipedia italien).



[1] — Indicateur archéologique de l'arrondissement de Civrai, par P. Amédée Brouillet, 1865 ;