dimanche 3 novembre 2013

La double noyade de 1904

Le vendredi 16 décembre, vers 6 heures du soir, MM. Roy, gendarme retraité, Naud et Lacheteau, chargeaient du bois sur un bateau.

Ils vérifièrent que tout allait bien, puis montèrent sur le bateau. Quand bien même, le bateau n'était pas très solide, et le chargement était probablement trop important. Alors que l'embarcation atteignait un tronçon profond (4 mètres) de la Charente, l'eau commença à s'y engouffrer, s'enfonçant peu à peu, et les malheureux n'eurent d'autre choix que de sauter à l'eau.

M. Roy, qui ne savait pas nager, mais il put, au moyen d'un très long morceau de bois, regagner la rive, distante de 7 à 8 mètres. Les voisins, alertés par M. Pingaud qui lui-même avait été averti par les cris des sinistrés, aidèrent au premier secours du vieil homme. Il fut conduit chez lui, après qu'on ait vérifié que tout allait bien.

Ces deux compagnons, cependant, n'étaient pas réapparu à la surface. Il ne fallut pas plus de 10 minutes à deux braves citoyens, M. Provost, maréchal, et Fombelle, jardinier, pour chercher un bateau et atteindre l'endroit où l'embarcation avait coulé. Après de nombreux efforts, ils ne tardèrent pas à retrouver les corps sans connaissance des deux compères, qui ne purent être réanimés. Détail étonnant : Lacheteau était un excellent nageur. Il avait quitté sa blouse pour lui permettre d'avoir des mouvements plus libres.

Le Petit Parisien,
19 décembre 1904
On fit transporter les deux corps sur un brancard jusqu'au domicile du père Roy.

Pierre Naud, 42 ans, laissait 5 fillettes, et Lacheteau, 25 ans, 2 enfants en bas âge. Ils étaient tous deux des journaliers du village du Mât, et on ne peut juger du désespoir qui frappa aussi soudainement les familles. Le fait divers fut même rapporté le lendemain, dans les colonnes du Petit Parisien.



Sources :
  • L'Avenir de la Vienne, 18 décembre 1904,
  • Le Petit Parisien, 18 décembre 1904.

samedi 2 novembre 2013

Les Engremys des Serph

Gusman Serph
(1820-1902)
Le 27 mai 1870, vers 10 h 30, on entendit à Poitiers qu'une catastrophe venait de se produire sur la voie de chemin de fer de Poitiers-Limoges, près de la station de Saint-Benoît. D'après les détails rapportés dans la presse de ce qu'on nomma "L'accident de Passe-Lourdain", il s'était avéré qu'après son départ de Poitiers, on s'était aperçu qu'un essieu d'un des wagons à charbon venait de rompre. Les liens entre ce wagon et les voitures de tête ne tarda pas se brisaient, et tandis que les 3 voitures de tête continuait leur chemin, le wagon à l'essieu rompu, immobilisé, reçu de plein fouet les wagons qui le suivaient. L'ensemble des voitures ainsi désolidarisé de la locomotive dérailla mais, par chance, seuls les wagons de tête furent endommagés. Les choses aurait pu être pire, sans l'esprit alerte d'un voyageur. Celui-ci s'était échappé par la vitre de son wagon resté suspendu dans le talus, il s'était mis tout à suite à organiser les secours, appelant à l'aide, excitant le monde. Il avait, avec une énergie incroyable, soulevé les wagons brisés pour secourir les victimes qui allaient périr écrasées ou étouffées sous les débris.
— Et comment se nomme ce voyageur ? demanda-t-on,
— Ah, monsieur, nous n'en savons rien... on nous a dit qu'il s'agissait d'un conseiller général, du côté de Civray... ah ! si jamais quelqu'un a mérité la croix d'honneur, c'est bien celui-là !
Au terme du décompte des blessés et des morts, on apprit enfin le nom de cet organisateur des sauvetages : Gusman Serph !



Gusman Serph naquit le 12 juillet 1820 à Civray. Il fut, vers 1844, chef de cabinet du préfet d'Imbert de Mazères et fut rattaché à la préfecture de la Corse de 1849 à 1851. Après le coup d'État de 1852, il se retira et s'occupa principalement d'agriculture. Il épousa, le 9 janvier 1855, à Niort, Marie-Amélie Bernard, fille de feu Jean Pierre Ferdinand Bernard, ancien receveur de l'enregistrement. Les années suivantes, il fut maire de Savigné (1860-1862), et était, en outre, propriétaire à Niort, et rapporteur de la commission chargée d'attribué la prime d'honneur en 1867, dans le concours régional de Bordeaux (région du Centre-Ouest). Il échoua comme candidat indépendant au corps législatif dans la 3ème circonscription de la Vienne, le 1er juin 1863, contre Bourlon, candidat officiel. Il était de nouveau membre de la commission de la prime d'honneur de 1870, dans le concours régional de Limoges (même région). Pour les années 1871-1872, il faisait de nouveau parti du jury, qualifié même de lauréat de la prime d'honneur des Deux-Sèvres (concours régional de Périgueux, même région). Finalement, il fut élu député de la circonscription de Civray le 8 février 1871, prenant place au centre droit, puis fut réélu le 20 février 1876, comme candidat du « Comité National Conservateur ». Soutien du président du conseil Jacques de Broglie, il fut réélu  le 14 octobre 1877 après la dissolution de l'assemblée au mois de mai précédent, et il était, en 1879, vice-président du conseil général de la Vienne et l'un des fondateurs du groupe constitutionnel auquel la mort du Prince Impérial donna quelques temps une certaine importance.
Il fut candidat et élu le 21 août 1881, contre Merceron, mais le résultat du vote fut invalidé. Il se représenta devant les électeurs et fut reconduit dans son mandat le 2 juillet 1882, toujours à droite, et de nouveau le 4 octobre 1885, sur la liste conservatrice de la Vienne, et encore le 22 septembre 1889.
En 1893, il écrivait qu'il avait été trompé dans ses espérances, la dernière chambre n'ayant fait que suivre les errements de celles qui l'avaient précédée depuis 1876. Dénonçant scandales, procès honteux et marchandages, il invita « le pays désabusé à n'envoyer à la Chambre prochaine que des députés résolus à poursuivre le retour de l'honnêteté dans l'exercice du pouvoir. » En ballottage au premier tour, il emporta toutefois l'élection au deuxième tour du 3 septembre 1893. A la Chambre, il devint membre de diverses commissions et président de plusieurs bureaux. Il déposa des propositions visant à l'indemnisation des victimes de calamités agricoles dans l'arrondissement de Civray, et prit part à la discussion d'un texte de loi modifiant le taux des droits de douane sur les chevaux et mulets.
Il fut élu membre correspondant de la Société Nationale d'Agriculture lors de la séance de l'assemblée du 20 juin 1894.
Il a 78 ans et 27 ans de mandat lorsque, finalement, il fut battu par son adversaire René Vincent Brouillet, directeur du cabinet du gouverneur général de l'Algérie, qui fut lui-même battu au second tour par Maurice Pain. Serph se retira de la vie politique et mourut aux Engremys le 26 mars 1902.



Gusman Serph était le fils d'Olivier Roland, qui fut notaire, sous-préfet, conseiller de préfecture, et conseiller municipal de Savigné, et d'Eugénie Guény-Labraudière, tous deux héritiers de deux grands familles civraisiennes (voir les articles SERPH et GUÉNY de Chambaudrie), épousés le 25 février 1818 à Civray. De leur union, ils eurent :
  1. Jean Olivier, né le 1er février 1819 à Civray ;
  2. Marc Gusman, dit Gusman, donc ;
  3. Eugénie Anne Christine, née le 5 août 1822 à Civray et morte jeune le 31 octobre 1828 audit lieu ;
Le ménage se fixa en 1845 aux Engremys, et débuta l'amélioration, voire la transformation du domaine, qui était alors en grande partie en friche, avec quelques petits champs et de nombreux chemins bordés de grandes haies. Les eaux pluviales, sans écoulement, stagnaient une grande partie de l'année. On s'employa donc à défrichées les terres incultes au moyen de puissantes charrues, 8000 mètres de haie furent arrachés et 2000 mètres de chemins inutiles supprimés. On créa des fossés pour évacuer les eaux stagnantes, qui furent aussi absorbées par les labours profonds. Les terres étant toujours impropres à la culture, on procéda à des chaulages énergétiques : ce fut le sol même des Engremys qui fut transformé.
Le trente septembre 1859, le maître de maison mourut, et sa veuve, aidée de ses enfants, continua son oeuvre. En 1869, ce domaine fut lauréat de la prime d'honneur du département de la Vienne, choisi parmi 14 terres. Cette propriété, augmentée par des achats successifs, comptait alors 200 hectares d'un seul tenant, composés de métairies de 30 hectares chacune, des bois occupant 40 hectares, ainsi qu'une réserve de 10 hectares (de plus, le domaine se partageait entre les communes de Savigné, de Civray à l'Ouest et de Genouillé au Sud).

Carte des Engremys, extraite des Primes d'honneur, les médailles de spécialités et les prix d'honneur
des fermes-écoles décernés dans les concours régionaux en 1869
, Imprimerie Nationale, 1872

Son mode d'exploitation fut particulièrement intéressant pour les membres du jury de ce concours. En effet, c'était le métayage, conseillé par les circonstances locales, par la rareté de la main d'oeuvre, par la nécessité, encore, de marcher progressivement avec les seules ressources du domaine.

Le cheptel entier, animaux, instruments et harnais, appartenaient à Mme Serph. Les colons avaient la faculté de jouir de tous les produits des jardins qu'ils cultivaient, et de prendre sur les racines récoltées dans les cultures toutes celles dont ils avaient besoin pour leur consommation. Chaque colon était tenu d'avoir une vache à lait et de blanchir leur métairie, la chaux étant fourni par la carrière située sur la domaine. A ce titre, ils étaient restreints à payer l'impôt établi pour leur métayage et de suivre toutes les instructions qui leur étaient donnés pour les cultures, récoltes, entretien, nourriture et vente des animaux. Chaque colon cultivaient avec leur propre matériel, mais, lorsque le besoin était, les colons s'entraidaient dans le prêt de leur personne et de leur attelage (labours profonds à dix boeufs, rentrée des récoltes, battage des céréales, etc.).

Les terres des métairies des Engremys étaient divisées en 8 soles, 2 étaient réservées à la luzerne. Les 6 autres furent soumis à une rotation précise :

  • première année : choux du Poitou, maïs-fourrage et topinambours, avec compost de chaux et fumure ;
  • deuxième année : racines  et légumes fumés ;
  • troisième année : froment d'hiver ;
  • quatrième année : trèfle ordinaire ;
  • cinquième année : froment d'hiver ;
  • sixième année : avoine d'hiver ou orge de printemps ;
Ces dernières plantes étaient ordinairement suivies de cultures dérobées : navets, farouch ou trèfle incarnat ou garrobe.
On labourait en grandes planches, ordinairement sur 25 à 30 centimètres de profondeur. Les labours de défoncement étaient fait à la charrue défonceuse de Roville : ils bouleversaient le sol jusqu'à 50 centimètres, mêlant la terre rouge (argiles à châtaigniers) à la couche arable.  On fertilisait les terres par des fumiers portés aux champs directement au sortir de l'étable, hors stockage sur des plates-formes d'argiles équipés d'une fosse à purin lorsqu'on ne pouvait le faire. Quelques engrais commerciaux, charrées, poudre d'os, phosphate fossile, boues de ville, étaient également employés, pour une valeur annuelle de 1000 francs.
Jusqu'en 1862, chaque hectare de terre labourable avait reçu entre 120 et 150 hectolitres de chaux, prise dans des fours éloignées. A cette date, on découvrit une carrière qui décida la construction d'un four à chaux, et jusqu'en 1869, 17000 hectolitres de chaux furent employés à toutes les terres en un second chaulage. Ce four à chaux étaient mis à disposition des métayers, ainsi que le combustible, qui obtenaient ainsi de la chaux à un coût minime.

Taureau de Durham (source)
Évoquons le bétail qui était nombreux et en bonne santé. Autrefois, on se reposait sur l'élevage de mulets, jusqu'à la crise qui sévit sur cette industrie. On s'orienta vers l'engraissement des boeufs, soit achetés dans les foires à des marchands d'Auvergne, soit issus des saillies d'un taureau de Durham. Les 15 mules ou mulets qui existaient sur le domaine en 1868 furent tous vendus ou en cours de vente. En 1869, lors de la remise du prix, il comptait :
  • 20 boeufs de Salers et 18 juments poulinières, comme animaux de travail ;
  • 12 vaches, dont 8 suitées, 9 génisses de 1 an à 15 mois ;
  • 18 boeufs de 18 mois, 7 veaux de lait et 1 taureau de Durham ;
et dans les métairies :
  • 140 bêtes à laine poitevines en voie d'amélioration par le sang southdown ;
  • 11 truies, 2 verrats, 5 porcs à l'engrais, 50 jeunes porcs croisés ;
  • et de nombreuses volailles ;
Pour compléter cette rapide vue du domaine, parlons des cultures fruitières et forestières, qui comprenaient :
  • 2 hectares 50 ares de vieilles vignes, recépées, plantées en ligne et traitées suivant la méthode Cazenave,  comportant la folle blanche, le sauvignon, le jurançon et le gamet. Ces vignes étaient cultivées à la charrue et la houe et se répartissaient entre les colons ;
  • plusieurs soles étaient séparées par des lignes de pommiers à cidre ;
  • une futaie de 20 hectares, très bien entretenue, aménagés à neuf ans, était coupée par les métayers, suivant le tiers du produit ;
  • des taillis de châtaigniers faisaient parti de la réserve ;
Les activités de la ferme continuèrent. Eugénie Guény-Labraudière, veuve Serph, mourut le 22 septembre 1876. Son fils aîné, Jean-Olivier, veuf d'Anne d'Imbert de Mazères depuis 1865, y vécut au moins jusqu'en 1896, avec ses domestiques et ses métayers.



Sources :
  • Le courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, samedi 28 mai 1870 ;
  • nombreux extraits des Primes d'honneur, les médailles de spécialités et les prix d'honneur des fermes-écoles décernés dans les concours régionaux en 1869, Imprimerie Nationale, 1872 ;
  • La Gazette Agricole, 1894-1895, p. 304 ;

lundi 28 octobre 2013

L'affaissement de mars 1927

Le jeudi 17 mars 1927, s'ouvrit la séance du jour de la S.A.O., à 8 h 25 sous la présidence de M. Plattard. Parmi les ordres du jour, une communication était faite concernant un incident survenu à Savigné [1] : "Les journaux ont récemment signalé la découverte fortuite d'un souterrain, auprès du bourg de Savigné, non loin des grottes du Chaffaud, sur un plateau calcaire bordant la route de Civray à Charroux ce souterrain a été mis au jour par un affaissement du terrain en forme d'entonnoir. "
Effectivement, je retrouve dans l'édition du 9 mars 1927 [2] de L'Avenir de la Vienne, l'article suivant :

Extrait de L'Avenir de la Vienne, 9 mars 1927

La communication de la S.A.O. se poursuit ainsi : "M. Pouliot communique sur cette découverte des renseignements intéressants fournis par notre confrère, M. René Surreaux, qui les tient lui-même de ses collègues de la « Société des Amis du Pays civraisien », particulièrement le docteur Desbordes et M. Coquillaud. M. Surreaux se propose de tes comptéter par une exploration minutieuse et l'établissement d'un plan.
Le souterrain consiste en une chambre oblongue d'une quinzaine de mètres, encombrée d'éboulis, d'une hauteur moyenne de 3 à 4 métres, autour de laquelle rayonnent des couloirs, obstrués par des infiltrations d'argile. Un seul silex taillé, un grattoir, a été trouvé. Les parois sont partout lisses, on ne remarque nulle part de stalactites, il n'y a pas trace d'humidité, ni d'infiltration d'eau. Pour le moment, rien ne permet de dire que le souterrain a été habité, mais rien n'a été observé qui soit contradictoire à cette hypothèse. Une exploration minutieuse du plateau s'impose pour la recherche de pierres taillées."



Sources :
  • [1] Extrait des Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest, série 3, tome 7, 1927, p. 543 et 544 ;
  • [2] Je suis né un 9 mars et, d'après ma calculette, l'article est paru exactement 52 ans avant ma venue au monde ;

lundi 21 octobre 2013

Le tumulus de Gros-Guignon

Ce tumulus est situé au milieu d’une vaste plaine, au nord de la Charente et à l’est du bourg. Brouillet, en 1865, lui donna la description suivante : « Il a la forme d'un cône tronqué ; sa circonférence, à sa base, est de 126 mètres ; son élévation peut être de 5 à 6 mètres. Son sommet, qui se termine en plateforme, est creusé en ellipse, de l'ouest à l'est, sur une largeur de 6 mètres, une longueur de 12 mètres et une profondeur de 2 mètres ».

Extrait de l’Indicateur,
description du Tumulus de Gros-Guignon

On y pénétrait par une entrée située à l'est. Cet affaissement avait peut-être servi pour recevoir et protéger des combattants, mais, comme le signale Brouillet, le tertre n'a point été fouillé, et il ne put s’avancer sur la destination de la structure. Quelques années auparavant, on avait voulu y faire des fouilles, mais des ouvriers superstitieux, en entendant résonner leurs coups de pioches, prirent peur et refusèrent de continuer le travail.
« Ce monument, disait Brouillet, est l'objet de quelques croyances superstitieuses. On prétend qu'à Noël, pendant la messe de minuit, au moment de l'élévation, il est éclairé par des lumières étranges qui sortent de son sein. Il est certain que l'été on y voit souvent des feux-follets produits, probablement, par l'exhalaison de quelques gaz qui s'enflamment au contact de l'air. Ce fait, dont j'ai été témoin et qui n'a rien d'extraordinaire, peut bien avoir accrédité celte erreur parmi le peuple et il ferait supposer que ce tertre recouvre quelques sépultures ».
A 100 mètres au nord du tertre, Brouillet décrit « un autre petit tertre ayant 2 mètres de haut, 45 mètres de tour, composé de terre et au nord-est duquel s'étend une levée de terre de 30 mètres de long sur 4 mètres de large ».


Le 21 février 1884, lors d’une séance de la Société des Antiquaires de l’Ouest, Gustave Chauvet, président de la société archéologique et historique de la Charente, annonça son intention de fouiller le tumulus, en rappelant que Brouillet avait décrit la structure une vingtaine d’années auparavant, sans s’avancer sur sa destination.
« Les premiers propriétaires, disait Chauvet, n’y ont jamais laissé pratiquer de fouilles régulières ; les ouvriers du chemin de fer y firent cependant, récemment, une tranchée peu importante et le nouveau possesseur, M. Imbert, avait l’intention de la continuer, quand, un matin, ses métayers, munis de pelles et de pioches creusèrent eux-mêmes la partie sud-est du tertre et mirent au jour un squelette entouré de débris de fer et de bronze ; ils pensaient être en présence d’un cercueil en bois garni d’armatures de fer.
« Mais le Dr Guillaud, maire de Civray, m’avertit immédiatement et le 22 décembre 1883, au matin, nous étions ensemble, au village de Chez-Chauveau, pour recueillir les premiers renseignements sur la découverte.
« Jour fut pris avec M. Imbert pour continuer les fouilles ; la semaine suivante les parties inférieures de la sépulture furent explorées et la voûte centrale déterminée dans presque tout son pourtour, en présence de M. F., propriétaire à Charroux, et de quelques personnes.
« Le 9 janvier, je présentai un rapport, sur ce sujet, à la Société archéologique et historique de la Charente, qui fit photographier les trois principaux objets recueillis, de façon à les communiquer aux archéologues de la région.
« Le 11 février, M. Imbert m’écrivit que M. le président de la Société des Antiquaires de l’Ouest, ayant eu connaissances des fouilles, désirait les visiter et examiner les objets trouvés.
« Je vins au rendez-vous fixé pour le 14, heureux de me mettre en rapport avec des archéologues expérimentés qui pouvaient m’éclairer de leurs lumières sur une question encore toute nouvelle pour la vallée de la Charente. J’ai conservé le meilleur souvenir de notre exploration commune aux environs du Gros-Guignon.
« M. Imbert, avant de se séparer de nous, manifesta le désir que la trouvaille faite sur sa propriété fut publiée dans le département de la Vienne et représentée dans l’un des musées de Poitiers. J’aurais eu mauvaise grâce à ne pas être de cet avis ; aussi fut-il convenu avec votre honorable vice-président, M. le colonel Babinet, et les autres membres de votre compagnie faisant partie de notre excursion, que je continuerais l’exploration du tumulus avec le concours de la Société des Antiquaires de l’Ouest. »
Lors de cette séance, M. Chauvet sera nommé membre titulaire non résidant, d’une manière plutôt expéditive, pour le remercier d’adjoindre à ses recherches la puissante société.
D’après les premiers éléments, on avait mis à jour, sous une épaisse couche de terre, deux amas hémisphériques de cailloux et de moellons, qui recouvrent chacun les restes de bûchers.
La découverte de rites funéraires celtiques était plutôt rare, à l’époque, aussi celle-ci fut vivement appréciée au sein de la société savante.

Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1884

L’amas sud est le plus étendu (5 mètres de rayon), avec une épaisseur de 1 mètre 80 dans sa partie centrale. Il occupe plus de la moitié de la base du tumulus. Il recouvre vers l’ouest un foyer (noté F) qui contenait des cendres, des charbons, des os brûlés et deux fragments de bronze.
Dans sa partie supérieure, on avait déposé deux urnes funéraires.
Clous en bronze,
Extrait des
Mémoires de la Société
des Antiquaires

de l’Ouest, 1884
Un char funéraire (noté C) et plusieurs éléments en fer et en bronze furent trouvés à la surface de l’amas de pierres (cercles en fer, mors, rouelles en bronze, etc.), comme les artefacts ci-contre.
L’amas nord était moins important que le premier. Cette fouille permit de découvrir qu’il avait déjà été fouillé. Il recouvrait un bûcher de 2 mètres 50 de diamètre environ (noté I), les cendres étaient mêlées à des débris d’ossements brûlés et à des fragments de bronze et de fer incorporés à des charbons.
M. Chauvet émit l’hypothèse que le tumulus de Gros-Guignon avait été à l’origine comme une vaste plate-forme de 38 mètres sur 2 de hauteur, avec deux bûchers : l’un vers le sud, dût servir à brûler le chef dont on prépara les funérailles, avec son char, et l’autre, vers le nord, dût être destiné aux femmes et aux compagnons qui furent brûlés avec leurs vêtements et leurs bijoux en fer et en bronze.



Sources :
  • Indicateur archéologique de l'arrondissement de Civrai : depuis l'époque anté-historique jusqu'à nos jours, pour servir à la statistique monumentale du département de la Vienne, Pierre-Amédée Brouillet, 1865 ;
  • Gros-Guignon, commune de Savigné (Vienne), par Gustave Chauvet, président de la société archéologique et historique de la Charente, in Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1884 ;

dimanche 20 octobre 2013

L'épicerie de l'Érable

Je prolonge ici le petit article sur le livre de photos de Gérard Simmat, Mémoires d'hier, à la manière d'un cross-over, car il évoque le petit village de Savigné, plus exactement l'un des commerces ayant existé sur la commune au début du XXe siècle. La photo que l'auteur propose (voir ci-dessous) me propose à moi, qui connaît ce bâtiment, de remonter le cours du temps :


Situation de l'épicerie
L'auteur mentionne que "le hameau est, par définition, un petit groupe isolé d'habitations rurales. l'épicerie du hameau devait en réalité vendre tout l'indispensable aux gens des alentours pour leur éviter d'aller trop souvent jusqu'au bourg voisin, distant de plusieurs kilomètres. Ici, à l'Érable, sur la commune de Saint-Gaudent, près de Savigné, dans le canton de Civray, la maison Sauzeau, sur la route principale, faisait office d'épicerie, mercerie, quincaillerie, café, vente de vins, de bières, de liqueurs, d'eau-de-vie, vente de de vaisselle, d'articles de chasse, d'articles de pêche, de bureau de tabacs, de bureau des contributions indirectes, etc. Pousser la porte devait apporter bien d'autres surprises !"

Le texte contient une erreur, dans le sens où la maison Sauzeau se tenait à l'Érable, non pas sur la commune de Saint-Gaudent, mais sur celle de Savigné. De plus, elle se trouvait à quelques centaines de mètres de l'église, du bourg et du centre névralgique de Savigné, le hameau de l'Érable en constituant un prolongement limitrophe.

Louis Sauzeau était le fils de Sylvain et de Jeanne Rogeon, et naquit le 1er septembre 1840 dans sa commune, et était cultivateur au village de Champagné-Lureau lorsqu'il épousa, le 25 janvier 1869, Jeanne Fergé, fille de Jacques et de Marie Tillet. Absente à l'Érable au recensement de 1881, la famille Sauzeau (parfois orthographié Sozeau), apparaît successivement en 1886, 1891, 1896, 1901 et 1906 (Archives Départementales de la Vienne) :
  • en 1886, Louis Sauzeau était épicier, et sa femme Jeanne Fergé ménagère, et vivaient avec eux Marie (13 ans), Louis (11 ans), Constant (9 ans), Armantine (7 ans) et Henri (1 an).
  • cinq ans plus tard, Louis était receveur buraliste et sa fille aînée, Marie, était épicière.
  • en 1896, Louis Suzeau était négociant.
  • et enfin en 1901 et 1906, Louis Sauzeau était de nouveau receveur buraliste.
Vers 1910, lui succéda le sieur Pierre Thomas. Cette carte postale, extraite d'un livre de Gérard Simmat, montre la légère évolution de la boutique (il est épicier en 1911) :

carte postale extraite d'un livre de Gérard Simmat

Pierre Thomas, né le 5 août 1874 à Peussicot, commune de Genouillé, était le fils de Jean Thomas et d'Annette Arnaud, cultivateurs. Il était valet de chambre à Paris, rue d'Anjou, lorsqu'il épousa, le 2 avril 1902, à Vivonne, Louise Moreau, cuisinière à Paris, place de la Concorde, fille de Paul Moreau et de Radégonde Desbouchages.

Enfin, dans les années 20, on retrouve le sieur Vignaud, qui conserva les locaux, comme nous l'a montré Gloria, il y a de quelques années, sur cette photo présentant une partie de sa famille :


Carte postale personnelle de Gloria, que je remercie chaleureusement

Plus proche de nous, l'épicerie Vignaud se déplacera un peu plus près du bourg, dans la rue marchande de Savigné (la Grand'Rue). Autant que je me souvienne, le bâtiment de l'épicerie Sauzeau était un bar/café, puis on y vendit des tissus et des vêtements.

Depuis quelques années, le bâtiment a été converti en habitation :

Photo prise il y a quelques semaines

Comme dans toutes petites communes rurales, les commerces de proximité à Savigné ont peu à peu disparu. La zone commerciale, située entre Savigné et Civray (à 500 m à l'Ouest de l'épicierie Sauzeau), s'est quant à elle développé parallèlement à ces disparitions.




Remerciements à Gloria, Valérie ainsi qu'à Gérard Simmat pour les extraits de ses livres.

lundi 7 octobre 2013

Copie des registres | 30 septembre 1789

Vu le congé donné à Jacques Lafond pour aller à la Rochelle, délivré par M. Imbert, syndic, et M. l'archiprêtre et M. Guy Imbert, le trente septembre mil sept cent quatre vingt neuf.
Signé : Pressac, greffier



Sources :
  • Archives départementales de la Vienne

Copie des registres | 16 mars 1789

Vu le congé de Pierre Brun, soldat provincial de la paroisse de Savigné en Civray, lequel nous a représenté ce jourd'hui le seize mars mil sept cent quatre vingt neuf.
Signé : Pressac, greffier



Sources :
  • Archives départementales de la Vienne